L’association salue les efforts des pouvoirs publics qui ont permis une amélioration notable de la disponibilité des produits et une régulation ponctuelle plus efficace que les années précédentes. Ces interventions ont limité les pénuries les plus visibles et ont atténué certaines tensions sur l’offre.
Cependant, EL-AMAN souligne avec force que ces mesures restent inscrites dans une logique d’actions occasionnelles, limitées aux périodes de crise. Elles ne s’inscrivent pas encore dans une stratégie durable de régulation du marché. Du point de vue économique, cette approche réactive génère plusieurs coûts : une volatilité structurelle des prix liée à l’anticipation des consommateurs ; une distorsion de la concurrence entretenue par le commerce informel et les pratiques spéculatives ; et une inefficacité due au stockage disproportionné et au gaspillage alimentaire, qui représente une perte sèche de ressources rares.
Le communiqué dresse un tableau des habitudes de consommation observées : frénésie d’achat et approvisionnement excessif dès l’approche du mois sacré ; stockage disproportionné entraînant une immobilisation inutile de capital et des pertes par péremption ; gaspillage alimentaire massif ; concentration de la demande sur un nombre limité de produits, accentuant les pressions inflationnistes ; et hausses de prix injustifiées alimentées à la fois par la panique des ménages et par les comportements opportunistes à caractère spéculatif.
Ces phénomènes ne sont pas seulement culturels : ils sont économiquement rationnels dans un environnement d’incertitude. Lorsque les signaux de prix et de disponibilité sont flous ou tardifs, les consommateurs rationnels adoptent des stratégies défensives (hoarding) qui, collectivement, aggravent les déséquilibres. Il s’agit d’un cas classique d’externalités négatives et de défaillance de coordination sur le marché.
Face à ces constats, EL-AMAN appelle à des réformes profondes et courageuses. L’association préconise tout d’abord de mettre en place une régulation du marché tout au long de l’année, plutôt qu’une intervention ponctuelle en période de crise. L’État doit instaurer un mécanisme permanent de suivi, de stockage stratégique et de lissage de l’offre. Cela permettrait de réduire la prime de risque saisonnier et de stabiliser les anticipations des agents économiques.
Elle recommande ensuite une réforme en profondeur du système de subventions afin de le rendre plus juste, ciblé et efficient. La subvention actuelle, souvent généralisée et peu ciblée, génère des distorsions importantes (fuites, inefficacité, pression budgétaire). Une telle réforme est indispensable pour aligner les incitations sur les objectifs de stabilité des prix et de protection des plus vulnérables.
L’association insiste également sur la nécessité de lutter efficacement contre le commerce informel et les pratiques spéculatives. Ces phénomènes faussent la concurrence, échappent à la fiscalité et amplifient les hausses de prix. Une régulation efficace passe par une meilleure traçabilité et des sanctions dissuasives.
Par ailleurs, elle appelle à revoir la stratégie de médiatisation et de communication officielle autour des mesures prises pour l’approvisionnement du marché. Une communication officielle claire et anticipée réduit l’incertitude et limite les comportements d’anticipation excessive. De même, il est essentiel de réguler le champ médiatique et d’encadrer la publicité des produits alimentaires, particulièrement pendant le mois de Ramadhan, afin de tempérer la frénésie consumériste.
EL-AMAN met l’accent sur le développement de l’éducation à la consommation responsable tout au long de l’année, notamment à travers les écoles, les mosquées et les médias. Cela permettrait de développer une véritable économie comportementale de la modération. Parallèlement, elle appelle à promouvoir une culture de l’effort et de l’engagement dans le travail, en évitant les comportements d’absentéisme et de relâchement pendant cette période, afin de préserver la productivité globale de l’économie.
Enfin, au-delà de la simple disponibilité des produits, l’objectif doit être l’amélioration de leur qualité ainsi que la stabilisation durable des prix, conditions sine qua non d’une confiance durable des consommateurs et des investisseurs.


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