Exploration des hydrocarbures : L’Algérie lance l’«Algeria Bid Round 2026»

Dans un contexte de transition énergétique mondiale marqué par une demande persistante en hydrocarbures conventionnels et une volonté nationale de sécuriser ses revenus énergétiques, l’Algérie franchit une nouvelle étape stratégique. Le dimanche 19 avril 2026, l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft) a officiellement lancé, à Alger, l’«Algeria Bid Round 2026», un appel à concurrence international portant sur sept périmètres d’exploration et de développement. Présidé par le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, cet événement s’inscrit dans la continuité de la loi sur les hydrocarbures n°19-13, qui vise à rendre le secteur plus attractif pour les investisseurs étrangers tout en protégeant les intérêts nationaux.

Contrairement au précédent cycle (Algeria Bid Round 2024), qui avait abouti à l’attribution de cinq licences d’exploration en juin 2025 à des majors comme TotalEnergies, QatarEnergy, ENI, PTTEP, ZPEC, Zangas-Filada et Sinopec, cette nouvelle édition se concentre sur sept périmètres jugés parmi les plus attractifs du domaine minier national.

Les blocs sélectionnés sont : Illizi centre I, El Borma II, El M’zaid Nord, El Hadjira III, Est Bordj Omar Driss I, El Benoud Est et Touggourt Sud. Ces zones, réparties dans les principaux bassins sédimentaires du pays, présentent un potentiel cumulé significatif : environ 1,8 milliard de barils de ressources pétrolières, 8,63 milliards de mètres cubes de gaz en ressources, et 239 millions de barils et 19 milliards de mètres cubes de gaz en réserves déjà découvertes, soit près de 2 milliards de barils équivalent pétrole au total.

Le processus a été rigoureusement préparé via un « Nomination Process » lancé fin 2025. Sur 24 projets présentés à l’industrie internationale et consultés par près de 70 compagnies, sept ont été retenus en fonction des priorités stratégiques nationales et du feedback du marché. Samir Bakhti, président du Comité de direction d’Alnaft, a insisté sur la modernisation du dispositif :

transparence accrue (séance publique d’ouverture des plis), digitalisation complète (inscription en ligne et data room virtuelle) et incitations compétitives. Six périmètres seront proposés sous forme de contrats de partage de production, et un sous forme de participation. Le calendrier est précis : préqualification jusqu’au 1er juin 2026, clôture des offres le 26 novembre 2026, avec ouverture publique des plis. Alnaft et Sonatrach accompagneront les investisseurs à chaque étape. 

L’Algérie, membre de l’OPEP et premier producteur africain de gaz naturel, tire encore l’essentiel de ses recettes budgétaires et de ses exportations des hydrocarbures (environ 90 % des revenus extérieurs). Face à un vieillissement de certains champs matures et à la nécessité de renouveler les réserves, le pays a fait de l’amont pétrolier et gazier un pilier de sa stratégie énergétique. La loi 19-13, adoptée en 2019 et amendée pour plus de flexibilité, offre un cadre fiscal et contractuel équilibré qui protège l’État tout en répondant aux attentes des opérateurs internationaux en matière de rentabilité et de sécurité juridique.

Ce nouvel appel s’inscrit dans une dynamique plus large : diversification des partenaires (ouverture aux acteurs d’Amérique latine, d’Asie, d’Europe et d’Afrique), renforcement de la transformation industrielle locale via les PME et start-up, et maintien du gaz naturel comme pilier du mix énergétique pendant la transition. Mohamed Arkab a ainsi invité les compagnies étrangères à «saisir cette opportunité pour renforcer la coopération et établir des partenariats fructueux bénéfiques pour tous», soulignant la vision stratégique de l’État visant à «renforcer l’attractivité du secteur des hydrocarbures et à valoriser les ressources nationales».

L’Algérie se positionne comme une «destination fiable pour l’investissement énergétique» dans un contexte géopolitique et énergétique mondial en mutation rapide.

Au-delà de l’exploration pure, cet appel vise explicitement l’augmentation de la production à moyen et long terme. Les découvertes existantes sur certains blocs permettront une mise en valeur rapide, tandis que les zones d’exploration pure contribueront au renouvellement des réserves. Les retombées attendues sont multiples :

afflux d’investissements directs étrangers (IDE), création d’emplois qualifiés, transfert de technologies et renforcement de la chaîne de valeur locale.

Dans un marché mondial où la demande en gaz reste soutenue (notamment en Europe, principal client de l’Algérie via les gazoducs et le GNL), ce Bid Round 2026 témoigne de la volonté algérienne de consolider son rôle d’acteur énergétique fiable et stable. Il s’agit également d’un signal fort adressé aux investisseurs : le secteur des hydrocarbures reste ouvert et compétitif, même si le pays poursuit parallèlement des projets d’hydrogène et de diversification économique.

L’« Algeria Bid Round 2026 » n’est pas une mesure conjoncturelle, mais une étape structurante d’une stratégie de long terme préparée depuis août 2025. En mobilisant des investissements internationaux sur des périmètres à fort potentiel, l’Algérie affirme sa détermination à sécuriser sa rente énergétique tout en préparant l’avenir.

Le succès de cet appel dépendra de la réponse des majors et des nouveaux entrants, mais le dispositif modernisé et transparent mis en place par Alnaft laisse présager une forte attractivité. Pour l’économie algérienne, c’est une opportunité majeure de maintenir sa trajectoire de croissance tout en renforçant sa résilience face aux défis énergétiques globaux.

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